Une caverne ariègeoise

La Tutto de Camayot

et  sa faune aurignacienne

Par Gaston Astre

 

LA CAVERNE

 

Sa position géologique.

 Dans le flanc méridional de la crête du Plantaurel, on voit, tout á proxiniité de Saint-Jean-de-Verges sur lit rive droite de l'Ariège, s'ouvrir une petite grotte, profonde de dix à quinze métres, haute de trois ou quatre, dénommée la Tutto de Camayot. Béant juste au-dessus de la grande carrière exploitée prés de cette localité - celle que l'on aperçoit même de Foix en direction du Nord, dans la trouée qui se projette le Pech Saint-Sauveur et le pech de Foix -, elle domine D'une centaine de mètres le niveau de la rivière (1). On sait le Planlaurel constitué par les calcaires àt Miliolites du Thanétien, plongeant d'une quarantaine de degrés au NNE. Dans la partie inférieure de la barre rocheuse, ce sont des calcaires massifs, craquelés, où la circulalion de l'eau, facile, put élargir les diaclases en un réseau de cavités, qui se sont remplies, par la suite, d'argile rouge de décalcification. Le haut de la barre est édifié, au contraire, en caleaires lités, renfermant quelques intercalalions de grés et de marnes; les eaux souterraines y ont donc un passage moins aisé, sinon nul. Cetle dualilé de régime, je l'ai constatée avec la plus grande netteté dans la paroi d'abatage de la carriére. Tout comme les poches que nous venons de voir remplies de terre rouge sur l'abrupt voisin, la Tutto de Camayot est, elle aussi, creusée vers le haut des calcaires massifs, sous les calcaires lités, bien moins perforés, qui lui forment toit. Telle est sa raison d'être

(1) carte géologique détailiée de la France, à 1:80.000 Feuille n° 253(Foix) lisiére Nord.

Son histoire. - Il n'est pas difficile de reconstituer l'évolution de cette caverne. Les eaux la creusérent á une époque qui ne peut être antérieure à celle où les rivières coulaient à une centaine de métres au-dessus de leur lit actuel, c'est-à-dire aux derniers temps pliocénes. Puis, par enfoncement progressif du réseau aquifére, elle s'assécha; ou du moins il n'y passa plus que des courants limités. C'est lorsqu'elle fut définitivement abandonnnée par les eaux que la cavité, jusque là fonctionnelle au point de vue hydrologique, devint véritablement une caverne; un lieu où les êtres vivants pussent chercher asile et s'installer.Le premier dépôt qu'on trouve á l'intérieur, celui qui directement repose sur le soubassement calcaire, renferme l'outillage de l'Aurignacien moyen:c'est une argile rouge homogéne, cette grotte béante au midi, face à la belle trouée de l'Ariège, nos ancêtres aurignaciens la connurent donc avec une voûte fermée; car s'il ne pouvait y ruisseler que l'argile rouge de décalcification des niveaux supérieurs, c'est qu'existaient seules à la voûte quelques fissures étroites, pas assez larges pour laisser choir de la pierraille.

 

Stade de  la voûte rocheuse fissurée.

Sur cette argile se place dans la grotte un éboulis grossier, d'éclats calcaires trés clairs. Cela décéle un changement grave de l'état des lieux. Par corrosion, les fissures s'étaient élargies. Des parties de la voûte s'effondrérent ; de grandes ouvertures au plafond permirent aux intempéries de se faire sentir. Aussi l'éboulis n'a-t-il fourni aucune trace humaine .

Stade de la voûte trouée.

Toutefois  l'homme avait eu quelque regret à quitter une situation si enviable, béante au solei de midi. Il revint dans la caverne ; et dans la couche toute superficielle de l'éboulis gît un outillage de l'Aurignacien supérieur. Mais ici l'occupation humaine est bien moins importante que la première fois; la grotte fut définitivement abandonnée, car, avec son plaffond en partie effondré, elle n'offrait plus un abri suffisant contre l'inclémence dee l'hiver, surtout avec le refroidissement qui allait s'accentuer aui Magdalénien, plus généralement à la fin du Paléolitique. Enfin, troisième stade, l'abondance de la pierraille qui dévalait du haut de la pente surmontante, retenue et cimentée au besoin par des encroûtements calcaires, finit par obturer les entonnoirs d'effondrement précédemmnent ouverts. Il ne put désomaís tomber que quelques éclats sans mportance, du plafond même.

Stade de la voute rebouché

 

Dès lors l'antre,redevenu abri,eût pu être de nouveau utilisable .Mais l'écheveau du temps s'est déroulé ; la civilisation des cavernes est révolue. L'Homme de la protohistoire et de l'histoire ne cherchera plus dans les grottes que des refuges éphémères lors des invasions ou des troubles ; et encore la Tutto de Camayot n'en porte pas les indices.Ainsi puis-je résumer l'histoire  géologique de cette crypte naturelle, d'après les caractères qu'elle présente de nos jours à ceux qui l'étudient.Pendant plusieurs années M.Joseph Vézian l'a fouillée avec le plus grand soin, passant tous les débris au crible. L'argile rouge lui a fourni une quantité considérable d'ossements,associés à un très bel outillage de l'Aurignacien moyen ( notamment sagaies en os à base fendue), avec quelques débris de coquilles marines ayant servi de parures. La surface de l'éboulis lui a livré un niveau aurignacien supérieur,bien moins important que le précédent, tant sous le rapport des ossements que sous celui de l'outillage. Ce sont ces matériaux paléontologiques des recherches de M.Vézian que la présente étude se propose de faire connaître.

La faune de mammifères et  d'oiseaux.

 

I- Aurignacien moyen

      Composition de la faune

   Avec l'industrie de l'Aurignacien moyen, les ossements ont été trouvés en très grande quantité. Ces restes d'animaux constituent donc un ensemble intéressant, non seulement parce qu'ils font connaître une faune abondante,  mais aussi parce que cette faune est archéologiquement bien datée.Dans le produit des fouilles ,j'ai identifié 28 espèces de mammifères et d'oiseaux. On doit y ajouter 5 autres espèces que je n'ai pu déterminer,  en raison de leurs restes trop fragmentaires, et qui appartiennent à des petits rongeurs et à des oiseaux. Le total s'élève donc à 33 espèces.

Ongulés imparidigités 

Rhinocéros SP. (rhinocéros ) . - Ce genre n'est représenté que par  une seule prémolaire supérieure, la deuxième, vraiment curieuse, car elle groupe des caractères contradictoires. Elle ferait penser au  rh. Merki par ses attributs suivants :

 a) hauteur du fût;

 b) abondance (du cément;

 c) lobes peu tordus en croissant;

 d) émail peu rugueux

Boule  (2) est formel, quant à leur valeur spécifique pour faire reconnaître cette forme; l'abondance du cément serait particuliérement typique. Mais la dent de Saint-Jean de Verges posséde, du rh. ticorhinus, l'un des attributs les plus nets, l'îlôt d'émail formé par Ia crista et le crochet, et que tous les paléontologistes et préhistoriens (3) connaissent bien ; il en posséde aussi les cannelures de la face externe non rapprochées, la derniére bien étalée. Une unique prémolaire ne suffit pas à résoudre cette énigme car il peut, après tout, s'agir d'une monstruosité accidentelle et il faudrait posséder toute la dentition pour se faire une idée vraiment assise, On ne manquera toutefois pas de remarquer que cette pièce, qui groupe des caractères des deux espèces, date précisément, à l'Aurignacien de l'époque où ces deux espèces ont pu coexister, de l'époque qui marque la fin tle l'apogée du rh. Mercki et précède celle du Rh.  tichorhinus.

(2) Boule (Marcellin). Ies grottes de Grimaldi (Baoussé-Roussé). T. I,fasc. Il. Géologie et paléontologie. 1906. Cf. pp. 167-173.

(3)Passemard (E.). les  Stations paléolithiques du pays basque et leurs relations avec les terrasses d'alluvions. 1924, 1 vol, in-8°, 218 p., 127 fig., 9 pl.,1 carte, Cf, pp, 198-199.

 Equidés.

Equus caballus L. (Cneval fossile). -

 Une vingtaine de molaires et quelques incisives se rapportant à une race très grande et à une race moyenne, du type cheval actuel. Rien ne peut être classé dans le groupe des petits Equidés, des Asiniens.

Ongulés paridigités

Buonodontes. Suidés.

Sus scrofa L (Sanglier). La présence d'une unique incisive nous permet d'inscrire dans la liste cet animal, pourtant  si commun  dans tous les gisements quaternaires.

Sélénodontes cervicornes.

Cervus elaphus L. (Cerf Elaphe). - Quatre molaires, une mandibule gauche complète, des fragments de bois, dont certains de gros individus atteignant une circonférence de vingt centimètres autour de la meule; quelques phalanges.

cervus (Dama) somonensis (Daim  de la Somme)

Deux molaires supérieures de Cervidés, un peu plus petites que la moyenne des Elaphes, et surtout plus carrées; l'une est même preque aussi carrée que chez le daim. Deux bases de bois plus petits aussi que ceux de l'Elaphe, avec un seul andouiller basilaire, une base à section un peu triangulaire et la perche qui commence à s'aplatir dès après l'andouiller de base. Ce sont là les caractères du Daim de la Somme, légèrement plus petit que le cerf commun.

Rangifer tarandus L. (Renne). -

Animal le plus fréquent dans le gisement : une centaine de dents isolées, une vingtaine de machoires plus ou moins complètes. fragments de bois, une trentaine de métacarpiens et de métatarsiens, nombreux os des membres.

Sélénodontes.Cavicornes

Capra ibex L. pyrenacea Shinz  (bouquetin des Pyrénées).

Une dizaine de molaires supérieures, une quinzained'inférieures, deux os canons de taille moyenne, comme les actuels, plus petite que celle des beaux spécimens du Pleistocène. De taille aussi,variable, les deux canons de pattes postérieures ayant l'un 14 centimètres, l'autre 16 centimètres de longueur, ce qui se met bien dans le cadre des variations signalées par Boule pour les Bouquetins de Grimaldi.

Rupicapra tragus Gray, pyrenaica Bonap. (Isard des Pyrénées )

Quatre molaires. L'animal de laTutto de Camayot, plus petit queR.tragus var, robusta Boule, était déjà plus petit que le chamois  des Alpes; c'était bien l'Isard des Pyrénées.

Bison priscus (Bison ou Aurochs).

 

Une cheville de corne

a)  assez conique et courbe

b) peu tordue et  à très faible courbure;

c) à surface profondément cannelée,

appartient au bison par ces trois caractères.

 

Le gisement a fourni en outre une dizaine de molaires,ainsi qu'une deuxième phalange de très gros bovidé,soit bison soit ursus.

 Je les attribue plutôt au premier, puisque nous sommes assurés de sa présence par la pièce précédente; et d'ailleurs, les molaires sont identiques à celles des Bisons, des   bisons de la terrrasse de Villefranche. Mais il se pourrait fort bien   que l'Ursus y, ait sa part.

 

Carnassiers

 Canidés

 10° Canis lupus L  (Loup). -

Une moitié de mandibule, quelques canines et molaires et divers os des membres indiquent un Loup de force noyenne.

11° Canis vulpes L ( Renard).

 Très commun dans le gisement, avec une cinquantaine de canines isolées, une dizaine de molaires, une quinzaine de débris de mâchoires plus ou moins complétes,une centaine d'os des membres et du bassin, quelques vertèbres.Les dentitions sont plutôt fortes, à tubercules plus élevés que d'odinaire, et les os au contraire plutôt faibles.

Ursidés.

 

12° Ursus spelaeus Rosenm. (Ours des cavernes). - Contrairement à  sa  fréquence  hatbituelle, l'ours n'est représenlé ici que par tris canines  supérieures, une canine inférieure, une phalange,

un métacarpien et quelques restes d'os longs. 

Mustéléidés

 

13°Martes foina Gmel.. (fouine). - Une extrémité distale d'humérus gauche.

 

14° Lutra vulgaris Erxleb. (Loutre). - Friagment de mandibule (région angulaire et portion de  la dernière molaired'un  sujet jeune.

 

Hyaennidés

 

15° Hyaene crocuta Erxeleb spelaca (hyène des cavernes)  deux mandibules, nombreuses dents isolées, dont deux carnassiéres supérieures énormes et fie conservation merveilleuse, des phalanges.

 

Rongeurs

Sciuroidés

 

16° Spermophiilus suiperciliosus, Kaup  (Spermophile à saillie sus-orbitaiire). - Une moitié droite de mandibule, avec l'incisive et la première molaire encore en place, la série fies alvéoles de toutes

les molaires inférieures atteignant une longueur de 12 mm 5.

J'ai  figuré celte pièce en 1937 (4). SP, superciliosus, forme  Pleitocène  extrêmement voisine du  Sp. rufescens  KIEYS et BLAS, le grand Spermophile vivant des steppes de l'Elst de la Russie et de la Sibérie  occidenlaie, en est mêne si  voisine que beaucoup  d'autres n'emploient que ce dernier muni pour les Spermophiles du quaternaire français.

 

(4 )Astre (Gaston) faune des steppes froides à Spermophile et climats du Pleistocène supérieur aux Pyrénées. 1937. Bul. Soc. géol. France, 5e série,t, VII, pp, 59-68 ,Cf, fig_ 1,

Muridés

17° Mus syIvaticus L. (Mulot). - Un fémur du genre rat, dont les dimensions  conviennent bien à cette espèce (moitié de celui du surmulot)

Arvicolidés

 

18° Arvicola terrestris L, forme scherman (Campagnol terrestre ) .

- Unemandibule, avec M1 + M2 = 6mm . On sait que A, scherman, A. terrestris et A. amphibius constituent une série de formes quel'on rattache à une unique espèce, la première plus petite et   à tendance fouisseuse, la seconde un peu plus grande et plus superficielle, pour passer avec la troisième à des individus plus grands encore et à moeurs plus aquatiques. La forme et le dessin des molaires sont très constants dans tout le groupe; c'est la taille qui différe et d'après elle notre sujet doit être rangé dans la première série.

19° Arvicola arvalis Pallas (Campagnol des champs)

 Une mandibuleoù  la longueur des alvéo!es des molaires égale 5 mm.La première molaire seule manque; mais cela suffit pour qu'on ne puisse certifier qu'il ne s'agit pas de A.nivalis.

Léporidés

20 ° Lepus timidus L. (Liévre commun )

Trois machoires inférieures et une partie du crâne avec les alvéoles des molaires quelques molaires isolées. Sujets vigoureux et de grande taille.

Les documents  ne permettent pas de préciser s'il s'agit bien de cette espéce ou de celle, beaucoup plus rare , du lièvre variable.

Oiseaux

Rapaces

21° Aquila fulva Sav. (Aigle fauve ou royal).

 Un tibia gauche  identique à celui de cet Aigle.

(5) Par exemple Dubois Georges  L Spermophile du Quaternaire de Cambrai, 1919. ,annales Soc, géol. Nord, t. XLIV, p. 82.

 

22° Bubo  maximus  Flem (Grand 1)uc). - Une phalange unguéale.

Passereaux

23° Corvus corax L. (Corbeau). - Deux humérus, un fémur,une phalange unguéale, Ies dimiensitons particulièrement grandes d'un humérus attestent que le Corbeau possédait des sujets parfois plus vigoureux que les actuels,

21° Corvus coronne L. (Corneille noire). - Un tibia, à peine plus fort que celui de la moyenne des corneilles mais plus petit d'un quart que celui des Corbeaux,

25° Pyrrhocorax graculus L. (Chocard de montagne ou des Alpes). --Trois humérus, deux extrémités de métacarpiens.

26" Plectrophanes nivalis L. (Plectrophane des neiges ou Pinsion niveroIle).

 Un humérus, de forme identique à celui du Pinson commun ( fringilla coelebs L.), mais plus gros. L'ostéologie est très semblable chez tous les fringillidés; il ni'y a guère que la taille qui varie et celle de cet humérus concorde avec les dimensions de la NiveroIle.

Gallinacés

 

27° Lagopus albus Gmel. (Lagopède blanc).

Un humérus: taille normale.

28° Lagopus scoticus Latham (Lagopède d'Ecosse ou Grousse).

Deux humérus et deux tarse-métatarsiens, plus gros que ceux du Lagopède blanc, exactement comme ceux figurés sous cette désignation par Milne-Edwards.

CARACTÈRES DE LA FAUNE

 

Proportion des sujets de chaque espèce.

 - A l'exception d'un petit témoin conservé, la couche ossifère a été vidée complètement par M.Vézian. Aussi, puis-je apprécier le nombre d'animaux ;accumulés dans l'antre .Il ne peut s'agir bicn entendu que d'une estimation minimum; car des os qui se complètent pour restituer un squelette peuvent provenir d'individus distincts. Certains des nombres ci-dessous sont peut-être trop faibIes de quelques unités; l'ordre de grandeur n'en serait guère modifié et la proportion, très inégale, des diverses espèces en ressort elairement :

Un sujet : Rhinocéros, Sanglier, Fouine, Loutre, Spermophile,

Mulot, Campagnol terrestre, Campagnol des champs, Aigle royal,

Grand duc, Corneille, Niverolle, Lagopède blanc;

 

Deux sujets : Daim de la Somme, Isard, Bison, Ours, Corbeau,

Grouse

Trois sujets : (Cerf élaphe, Bouquetin,Loup, Lièvre,Chocard;

Quatre sujets : Cheval, Hyène;

Vingt sujets : Renard;

Vingt-cinq sujets : Renne.

 

Amas ossifère et sélection du gibier.

De  la statistique précédente il ne faudrait pas tirer de trop précises conclusions. Chaque fois que l'homme intervient, il perturbe les conditions naturelles. Des os  utilisés ont été portés au dehors; d'autres furent certainement rejetés pour cause de débarras; d'autres, au contraire,furent introduits dans la caverne avec des quartiers de viande , alors que restait abandonné sur le lieu de capture la majeure part du cadavre. Il est au moins curieux que le Rhinocéros soit représenté dans la masse des ossements par une seule molaire, le sanglier par une unique incisive.

Ne connait-on pas à ce sujet les bizarreries souvent relevées dans la constitution des amas de grottes ? Tantôt les os sont triés par grosseur; Tantôt on retrouve le même os en multiples exempIaires, à l'exclusion des autres; d'autres fois, c'est l'os d'un mêne côté que l'on recueille toujours, sans qu'on puisse avoir un seul specimen de son symétrique de l'autre côté (6).

Quoi qu'il en soit de ces réserves, et si l'on met à part certains animaux, tels les petits rongeurs, venus peut-être mourir dans la Tutto, on a surtout affaire à des produits de chasse. Même dans les cas les plus favorables, les squelettes sont très incomplets, les os fréquemment brisés et les débris voisinent pêle-mêle. Sans doute aucun on y constate l'intervention de l'homme.

(6) HARLE. Repaire de hyènes prés d'Eichel, aux environs de Saint-Girons (Ariège) [avec remarques, par TRUTAT]. 1892. Bull. Soc. Hist. nat. Toulouse, 26e année, P-V., séance du 18 mai 1892 pp, XXVIII-XXIX.

 Aussi cette liste, on la petit considérer comme donnant quelque sur la préférence ou la plus grande facilité de capture dont le gibier du voisinage était l'objet de la part des chasseurs aurignaciens; c'est presque une liste cynégétique ou, du moins, une liste de « consommation ».

 

Caractère climatique de la faune.

 

 - La liste zoologique précédente est aussi une liste climatique. Elle appartient dans son ensemble à la faune froide du Pleistocéne supérieur, avec ses espèces banales qui forment ici le gros contingent. On notera simplement l'absence peut-être simplement fortuite du mammouth. Un élément, que certains auteurs ont eu tendance à considérer comme d'influence, sinon chaude, du moins tempérée (7), le Daim de la Somme mérite une brève mention. Car il n'est pas commun aux Pyrénées : HARLE ne connaissait de restes de Daim qu'à Bagnères-de-Bigorre (8) et au Picon de Gourdan (9). Au point de vue climatique, il ne faut pas lui attribuer une importance exceptionnelle quand il s'agit d'un sujet isolé qui peut avoir été transporté de la plaine moins froide.

En effet ce qui surprend dans cet Aurignacien, c'est l'abondance presque prématurée des éléments froids, avec Ia prépondérence formidable du Renne et la présence du Spermophile. En ce dernier Rongeur, nous avons découvert l'animal le plus remarquable de la Tutto de Camiayot; en même temps qu'elle en représente pour la France le gîte le plus méridional qui soit connu, la grotte en tire une exceptionnelle importance pour l'histoire des climats pleistocènes (10). Le Spermophilus rufescens vit en effet de nos jours dans des contrées Russes et sibériennes, où la température moyennue annuelle est de + 4°, avec une moyenne d'été s'élevant jusqu'à + 20°, mais une moyenne d'hiver s'abaissant jusqu'à- 16°.

(7) Aufrère (L) Le Cervus somonensis Desm. et les éléments d'une faune chaude à Menchecourt C.R.S Soc. géol. Fr., séance du 3 février 1936, pp. 35-37.

(8) HARLE Daim quaternaire de Bagnéres-de-Bigorre. 1895. I,'Anthropologie p, 369

 

(9) HARLE (Edouard). Porc-épic quaternaire des environs de Montréjeau.1910. Bull. Soc .géo Fr. 4e sér., t. X, pp. 740-745.

BREUIL (H.). Terrasses et quartzites taillés de la Haute Vallée de la Garonne.19)37. Bull. Soc. préhist. fr., t. XXXlV , n° 2, pp. 104-130. Cf. p 108.

ASTRE (Gaston) Ioc. cit.

Si le Spermophile est bien un réactif des faunes stepptiques très froides l'hiver, l'amplitude des chiffres précédents montre qu'il ne faut pas lui attribuer une signification trop stricte : sa présence n'immplique pas nécessairement que les climats dans lesquels il a vécu aient atteint les minima de température qu'il est capable de supporter. Ses gisements quaternaires sont peut-être plus divers qu'on ne pense, ou plutôt peuvent se référer à une série de microclimats assez variés, dans le caidre des climats de type steppique.

 

Il. AURIGINACIEN SUPERIEUR

 

La faune trouvée dans le niveau aurignacien supérieur offre moins d'intérêt que celle de l'Aurignaicien moyen, à la fois comme nombre d'espéces et comme nombre d'ossements. Elle ne comprend que des formes communes, qui déjà se trouvaient toutes dans le niveau sous-jacent , sauf une, la buse.

 

Mammifères. 

Ongulés imparidigités : Cheval;

 

Ongulés paridigités: (cerf élaphe, Renne,Bouquetin, Isard ,grand Bovidé;

Carnassiers :Renard, Ours des cavernes;

Oiseaux. -Rapaces : Buse vulgaire (Buteo vulgaris BECHS) Grand-duc.

Ces dix espèces sont également représentées :

Un sujet Cerf élaphe, Renne,Bouquetin, Isard, Ours,Buse,Grand-duc

Deux sujets Cheval

Trois sujets Grand Bovidé,Renard.

 

 

LES COQUILLES UTILISÉES COMME PARURES

 

Dans l'Aurignacien moyen,en même temps que le bel outillage, ont été trouvées quelques coquilles marines, en mauvais état ,corrodées et souvent très incomplètes. Ce n'est pas pour leur nourriture que nos ancêtres les avaient portées à la grotte,car :

 1° la distance de la mer est trop grande, semble-t-il, pour que les Mollusques aient pu parvenir sans décomposition ;

2° le nombre d'exemplaires est minime, ce qui ne serait pas le cas pour les débris de cuisine;

3° l'une de ces coquilles est un fossile lointain :

4° les coquilles de Gastéropodes, c'est-à-dire tous les sujets sauf un, portent un trou de suspension, pour colliers ou pendeloques. Ce sont donc des motifs d'ormentation et de parure.

 

J'ai reconnu les espèces suivantes i

Sphaeronassa nutabilis L.

Sphaeronassa gibbosula L.

Buccinum undatum L.

 

Turritella terebralis LAM.

Littorina littorea L., de grande taille.

Littorina littorea MATT

Pecten SP, (cf maximus  L.)

 

Il n'est pas inutile de rechercher leurs provenances, car elles nous renseignent sur les communications qui reliaient les peuplades montagnardes aux côtes maritimes. Les espèces (11) peuvent être groupées sous ce rapport en quatre ensembles différents :

1° Vivantes, de la Méditerranée : Sphaeronassa mutabilis  et  Sphaeronassa gibbosula L.

  Vivantes, de l'Océan Atlantique : Buccinum undatum,Littorina littorea, et Littorina littorea

3° Vivantes , à la fois dans la Méditerranée et dans l'Océan, mais plus rare dans la première quee dans le second:Pecten  maximus;

4° Fossile, du  terrain Burdigalien des environs de Daix : Turritella terebralis

 

Un tel classement implique,pour la Tutto de Camayot, à peu près autant de relations avec la Méditerranée qu'avec l'océan.

Ceci n'est en rien extraordinaire et coincorde avec ce qu'on sait. On a pu écrire, en effet, que les malacologistes, Paul Fischer, puis Henri Fischer par exemple,ont mis en évidence, par l'examen des coquilles des grottes du Midi de la France, les relations étendues qui existaient entre diverses régions à la fin du Paléolitique : « on trouve des coquilles de la Méditerranée dans les grottes du Périgord et des Pyrénées françaises ».

 

(11) Locard  ( Arnould ) Les coquilles marines des côtes de France 1891 ,1 vol , 384 p

  

 

L'auteur (12) qui résumait

ainsi cette vue générale lui ajoutait le cas de « la trouvaille d'une coquille méditerranéenne dans la province de Santander », ce qui « étend encore davantage ces observations ».

 

Notons enfin que, sauf Sphaeonnassa gibbosula, fornme actuellement très rare de Provence, il s'agit d'espèces communes ou très communes. Trois d'entre elles, Buccinum undatum, littorina littorea et pecten maximus sont même parmi les plus consommées pour l'alimentation. Les coquilles parvenues à la Tutto pouvaient donc parvenir de déchets de cuisine de popuIations plus rapprochées du monde maritime.

 

Les amas de tels déchets, les kjoekkenmoeddings, constituaient, en effet,une mine toute trouvée où pouvaient s'approvisionner les amateurs de parures; certaines coquilles de cette origine se joignaient à celles directement récoltées sur les plages et l'ensemble prenait le chemin de l'intérieur des terres oui des montagnes. On a précisément remarqué (13) que les Littorines en-

trent pour  une part importante dans les  kjoekkenmoeddings du Paléolithique

supérieur alors qu'elles semblent avoir été  moins exploitées à d'autres époques.

 

 Sous ce rapport donc la liste des coquilles et l'âge Aurignacien sont loin d'être en dessacord. En face des parures de la montagne, nos lointains ancêtres de l'Aurignacien étaient sensibles à l'une des parures de la mer.

 

(12) Fischer  (P.H), Mollusques quaternaires récoltés dans la grotte  de Castillo ( Espagne ,province de Santander )

 1924 .Journal de conchyliogie vol LXVIII pp 320-323

(13)Dautzenberg ( Ph) et P.H  Fischer . Coquilles trouvées dans le gisement préhistoriques de l’île Houat ( Morbihan) 1923. Journal de conchyliogie vol LXVIII pp 155-157 Cf p 156