L’église de Saint-Jean de Verges

Par Marcel Duriat

 

L’une des plus séduisantes églises romanes de l’Ariège, sans doute à cause du  soin apporté à sa construction  et de l’heureux équilibre réalisé entre les valeurs  proprement architecturales et le décor. Sans doute aussi, par suite  du succès de la restauration effectuée par le service des Monuments Historiques, qui lui a rendu  non seulement son caractère d’authenticité, mais aussi une réelle puissance émotionnelle.

 

Son histoire se limite à peu près  à ce seul renseignement. Elle dépendait de l’abbaye de Saint-Volusien de Foix, dont elle devint un prieuré en 1104 – au même titre et au même moment que Notre-Dame de Vals.

Elle possède un vaisseau unique, avec un  chœur et une abside, mais on lui a adjoint  problablement  parce qu’il s’agissait de l’église d’un  prieuré, deux petites  dépendances latérales, dotées d’absidioles, formant  une manière de transept bas. Ce sont ces divers éléments que nous allons successivement décrire.

L’abside. –  L’abside est de beaucoup la partie la plus soignée de l’édifice. Couverte d’un cul-de-four prolongé d’une partie droite, elle a ses murs  renforcés à l’extérieur par deux pilastres latéraux  et par deux contreforts  traités à la manière  d’éléments décoratifs. De plan rectangulaire à la partie inférieure, ils se transforment  d’abord en une forte colonne   engagée par l’intermédiaire d’un talus  et d’une base, puis, à la suite d’une seconde et brusque   mutation en une simple colonnette. Cette volonté  de diversifier  les formes  pouvait s’autoriser  de recherches semblables  effectuées  à la fin du XI ème    siècle  au chevet de Saint-Sernin de Toulouse.

Les trois fenêtres ne sont pas moins richement ornées à l’extérieur. Les archivoltes moulurées  ont leur gorge  semée de boules en forme saillie. Elles prennent appui, par l’intermédiaire de tailloirs couverts de damiers, d'étoiles, de cercles ou d’imbrications  sur les châpiteaux tout différent. On y distingue des feuillages recourbés sur les boules, des rinceaux de palmettes, des animaux resressés pour unir leur tête aux angles, d’autres feuillages dérivés de l’acanthe et profondément affouillés, des feuillages encore,  mais très plats et simplement gravés en surface. Toutes ces oeuvres sont fort usées, mais elles   paraissent avoir été de bonne facture Les motifs appartiennent au répertoire décoratif languedocien.

La corniche est couverte  de  têtes de clou et elle repose sur des consoles nues. Les chapiteaux des colonnes contreforts sont simplement épannelés.

A l’intérieur, les fenêtres ouvrent dans une arcature qui  est limitée à la partie inférieure par un bandeau joignant leurs appuis. Comme à l’extérieur, les archivoltes  ont pour support  six colonnettes dont les chapiteaux sont ornés de feuillages dérivés de l’acanthe  et généralement mal conservés. On en voit  assez cependant pour observer  que le type adopté  a été emprunté à Saint-Sernin de Toulouse.

Vient ensuite un chœur carré, plus large que l’abside, et fermement limité, tant du côté de l’est que de l’ouest, par un vigoureux système d’arcades. C’est ainsi que l’arc d ‘entrée de l’abside possède trois rouleaux : celui du centre reposant  sur des pilastres , les deux autres prennant appui sur des colonnes par l’intermédiaire de chapiteaux. Trois  de ceux-ci sont à feuillage, le quatrième orné d’un oiseau aux ailes déployées. Du coté de la nef on trouve des supports encore plus  vigoureux. Il s’agit d’énormes pilastres, dont les colonnes engagées sont surmontées  de beaux chapiteaux  à feuillages. A quoi s’ajoutent deux colonnes adossées aux angles Nord-Ouest  et sud-ouest  du chœur ? En direction du Nord et du sud, les arcs d’entrée  des croisillons  moins puissants, ne comportenet que des pilastres avec tailloirs.

La manière dont est construit  ce chœur suppose, à n’en pas douter, qu’on avait prévu à l’origine de le surmonter  d’une tour. Elle aurait été en contre-butée au Nord et au sud  par les bras du faux transept et vers l’Est par l’abside. L’Ouest représentait  un point  faible,  car la nef n’avait pas encore reçu sa voûte. C’est sans doute  la raison pour laquelle on avait spécialement  renforcé les supports à c’est endroit. En définitive cependanrt la tour ne devait pas être construite  et on se contenta d’élever un simple  clocher-mur.

 

Le faux-transept.  De part et d’autre du chœur se développent, comme nous l’avons vu , les deux  bras d’un transept bas, dont les pignons sont nettement affirmés comme celui du chœur. Sur chacun d’eux se greffe une absidiole  semi-circulaire , éclairée par une fenêtre à simple  ébrasement , de faibles dimensions et dépourvue de tout décor. Ces deux dépendances se caractérisent  en effet  par un extrème dépouillement  qui contraste avec la richesse  d’ornementation  développée à l’abside. On peut  signaler  que deux colonnes adossées  à l’entrée de chacune des absidioles et montées sur de hauts socles, comme les diverses colonnes du chœur. Leurs chapiteaux à feuillages    sont très détériorés. Un escalier à vis , établi dans un massif à l’ouest  du croisillon sud, aurait conduit à la tour  projetée au-dessus du chœeur.

La nef . -  Ce vaisseau unique,sans doute  construit en premier,est divisé  en trois travées  par des pilastres auxquels correspondent  à l ‘ extérieur des contreforts  étroits . son niveau inférieiur  à celui du chœur , de l’abside et des bras du transept. L’éclairage est assuré par six fenêtres  étroites à simple ébrasement. La voûte actuelle, qui est récente, a imposé d’exhauser  les murs  goutterots.

Il existe deux portes romanes en plein cintre. Celle du sud conduit dans la cour de l’ancien prieuré. Celle du nord ouvre sur le cimetière . Un décor peint à la détrempe au XVI ème siècle , encadrait cette dernière  et en couvrait les deux voussures. Il subsiste  un personnage à droite qui se détache  avec des tons rose et   ocre-jaune sur un fond blanc. Peut-être  s’agit-il de saint Jean-Baptiste ?

A une certaine époque, on avait  en effet construit  une chapelle  pour les fonts-baptismaux entre les deux premiers contreforts  du nord. On y pénétrait à travers le portail nord, pour lors réservé à une communication intérieure. Si  les peintures mentionnées plus haut ont correspondu  à cette opération, elles la datent du  XVI ème . Simultanément, on avait condamné  la porte méridionale et établi une entrée nouvelle et unique dans le mur de la façade occidentale.

La récente restauration, réalisée par Sylvain Stym-Popper, a permis de revenir  à l’état primitif. On a obturé le portail occidental et remis en état de servir les portails Nord et sud. A la suite  de la destruction de la chapelle  abritant les fonts baptismaux, ceux-ci ont été placés dans une niche semi-circulaire ménagée dans la cavité du portail occidental condamné.

On signalera la présence dans le cimetière de deux sarcophages romans. L’un, qui était dépourvu de tout décor, a été  brisé, mais le second est convenablement conservé. Sa cuve est décorée aux angles de quatre colonnettes galbées, avec bases et chapiteaux. Ce témoignage de l’activité  des arts funéraires à l’époque romane  montre qu’on imitait encore au XII ème siè-cle, dans cette région des Pyrénées, les sarcophages en marbre d’époque mérovingienne.